LE LIVRE DE L'OUTIL
Marie-José LAMOTHE & André VELTER
photos de Jean Marquis
Messidor 1976
Réédition Phébus 2003


Marie-José Lamothe & André Velter
chez M. Camurat, luthier
février 1977

Un outil
dont notre main privée de mémoire
découvrirait à tout instant le bienfait,
n'envieillirait pas,
conserverait intacte la main.


René Char


Un livre comme celui-là se doit d'être présompteux; mais avec rigueur. On évoque l'outil, et nécessairement, on mobilise toute l'aventure humaine, l'invention d'objets d'action et de transformation se révélant le signe décisif de l'humanité, autrement dit, de la différence. Et cette preuve s'élabore à la portée de la main, car dans l'affrontement primordial avec la matière, c'est la main qui découvre, expérimente, modifie : la pensée, alors, se pratique.

Présentation de Jean-Pierre Sicre
Phébus 2003 :

Près de 500 pages (grand – très grand – format) de photos, la plupart en couleurs, de gravures anciennes, de schémas tirés de toutes les encyclopédies… et un texte qui est presque celui d’une bible : précis, érudit, passionnant et passionné, écrit par un poète formé à l’école de Bachelard (André Velter), qui sait que les plus grands songes ont besoin du concret, de l’intense matière du monde pour s’épanouir. Des légendes nourries de mille précisions, « tours de main » et références, un index de plusieurs centaines d’outils… le tout réparti en six « livres » qui se réfèrent aux champs majeurs de l’activité manuelle : la Terre, le Bois, le Métal, la Pierre, le Cuir, le Verre. Enfin un dernier chapitre (« L’Outil de l’utopie ») que l’on est en droit de tenir pour une pièce essentielle de la littérature jamais consacrée à ce sujet. Dès lors s’explique-t-on que ce livre introuvable en soit venu ces dernières années à s’arracher à prix d’or chez certains libraires d’ancien : on avait affaire à une somme inégalée… dont chaque année qui passait nous assurait un peu mieux qu’elle resterait inégalable.

Que ceux qui n’osaient pas se ruiner en se procurant les rares exemplaires qu’on signalait ici et là se rassurent donc, ils pourront bientôt goûter tout leur saoul à ces pages, et ne plus rien ignorer de ce qu’est un maître-à-danser, un trusquin, un bédane, un bouvet, un sergent, une servante, une échardonnette, une javeleuse, une épaule-de-mouton, une rainette, un paroir, un boutoir, une talonnière, une cauchoire, un chasse-à-l’œil, une queue-de-rat, un coutre, une doloire, une colombe, une jabloire, un jabloir, une bondonnière, une bâtissoire, une noisette, une tricoise, un tord-nez, une chambrière, une feuille-de-sauge, un brunissoir, un rognon, un capucin, une bigorne, une bouterolle, un pied-de-roi, une brucelle, une sauterelle, un riflard, une panache, une ripe, un chemin-de-fer, une boucharde, un têtu, une essette, un beuveau, un décintroir, une demoiselle, une chèvre, un bouriquet, une drille, un abat-carre, un passe-corde, un gâteau-de-plomb, un tranchet, un chien, un marque-pointe, une patte-de-lièvre… Ils pourront surtout souscrire à la réflexion de René Char (reprise dans la présente édition à titre de préface), qui considérait que ce livre très précisément, à l’époque de décervelage technique et de profit imbécile qui est la nôtre, était en soi une œuvre de salut public : « Je souhaite à ce grand ouvrage le cœur de chacun, afin qu’il y entende, ce chacun, le battement souverain que le mien a peut-être perdu au cours des conversions multiples. Il ne pouvait, cela est vrai aussi, prendre et comprendre simultanément, cet homme de l’énergie continue, que la peine et l’amour sont au centre de son propre mystère, et que grâce à l’outil individuel il lui serait donné d’en conserver la meilleure part. Le profit, suivant la volonté des exploiteurs aveugles, ne passe pas, évidemment, pressé qu’il est, par la sublime lenteur de la main inspirée, ravisseuse… » A écouter ainsi le poète on aura compris que la patiente lecture de ce livre, le temps suivant son cours absurde, n’est plus seulement une exigence de l’amour, qu’elle est devenue un acte de résistance.

EN QUELQUES MOTS… Publié il y a un quart de siècle dans un concert d’éloges où se rejoignaient Bernard Pivot et René Char, Le Livre de l’Outil était depuis longtemps considéré comme un classique de l’art… mais un classique fantôme qu’on ne trouvait plus que chez quelques libraires d’ancien. L’éditeur d’origine ayant disparu, et les films d’impression n’ayant finalement jamais pu être retrouvés, on a dû faire appel ici à la technique de pointe du scanner pour regraver la totalité de l’ouvrage à partir des planches imprimées de l’édition originale… pour en tirer (les premiers essais d’impression le prouvent avec éclat) une édition plus luxueuse encore que la première. Les amateurs et les simples curieux pourront donc bientôt se familiariser à nouveau avec les noms, les formes, l’usage de quelques centaines d’outils mystérieux dont beaucoup ont disparu… et d’autant de métiers fascinants, déjà menacés par l’oubli. Plus d’un millier d’images commentées avec autant d’érudition que de passion où revivent tous les grands « métiers » de la Terre, du Bois, du Métal, de la Pierre, du Cuir, du Verre… Et une occasion unique de renouer avec « la sublime lenteur de la main inspirée, ravisseuse. » (René Char)

LES OUTILS DU CORPS


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