LE HAUT-PAYS

suivi de

LA TRAVERSÉE DU TSANGPO

Édition revue et augmentée
2007

La poésie trouve ici une unité de lieu : l’altitude. Celle du Tibet et de l’Himalaya. celle de ce Toit du Monde qui ne recouvre rien mais donne sur le ciel dans une autre lumière. Le Haut-Pays esy le troisième pôle de la terre : là où les boussoles s’essoufflent et perdent leurs repères, là où s’ébauche un réel aimanté.

Ce qui s’éprouve alors, c’est l’expérience du lointain et du proche, de l’infini, de l’infime, de la plénitude et du manque. Il y a tout ensemble le jeu des muscles, l’ivresse des visions, le silence, la solitude, la montée des mots ou des chants. Il y a aussi comme une traque fervente qui s’exalte, s’irrite, s’émerveille de son propre mouvement.

Il va sans dire que ce parcours n’est pas celui d’un dévot. La rencontre avec le bouddhisme tibétain intervient d’abord et tout naturellement dans le sens de la marche : c’est une approche physique, pas un acte de piété, même si la traversée du Tsangpo mène à Samyé, le monastère des origines.

Poème et polyphonie à la suite, ce livre n’accueille en effet que des ascèses toniques où le corps est en fête et l’esprit des plus libres.



Mont Kailash, 1995
© Marie-José Lamothe

C'était un peu avant le crépuscule, un vent de sable qui mettait une forge au ciel, et le berger soudain perdit le sens du désert.
Ses brebis disparaissaient sur la dune, au loin sa tente avait été arrachée et le dernier piquet recouvert.
Était-il seul ? À la fois le monde pesait et s'échappait de ses épaules. À la fois les montagnes le portaient et l'abandonnaient.
Ce qu'il voyait semblait l'intérieur de sa vue : il découvrait l'exacte distance des choses, la richesse famélique d'une brèche immobile dans le mouvement.
- Est-ce bien le vide ? se demanda le berger.

(Extrait de Détails d'une fresque.)

Le Haut-Pays
poème
Gallimard
1995


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