Marc Riboud, L'instinct de l'instant.
Marc Riboud, Les Tibétains.

www.marcriboud.com

LE MONDE SELON MARC

La vie comme elle vient est un livre d’images qui s’affranchit du temps,
et va par tous les pays d’instant en instant, et va par tous les ciels, tous les corps, tous les visages
en dansant, vagabondant, jouant et se jouant
d’une planète qui serait une marelle d’enfant.

Le monde alors se prend au bond, à l’instinct, en un clin d’œil,
avec cette attention délicate qui incite à tenter un pas de plus, et souvent de côté,
pour ne jamais risquer d’attenter au réel qui se dévoile ou se rêve, ni à la merveille d’être là.

C’est un regard d’éveil, bienveillant, et veillant pourtant à ne pas se soustraire
aux tragédies de l’histoire, aux chaos de la terre, aux rives déshéritées,
à ne pas sacrifier l’éthique à l’esthétique qui ne révère que la loi mercantile du paraître
et multiplie partout les clichés, les écrans, les discours de faussaires.

Le visible ici n’en met pas plein la vue, il se révèle à la volée
dans une caresse lumineuse, un échange de sourires, un murmure cœur à cœur,
parfois dans une tendre nostalgie, voire une franche ironie,
et le présent surpris préserve sa part de magie, d’offrande originelle.

La grâce est singulière qui rend ainsi le lointain si proche, l’exotique si familier, le burlesque si fraternel,
cela semble vaguer en toute insouciance, mais l’émotion est toujours à tenir le cap,
à aimanter les jours, les miroirs et les nuits,
à raviver le secret qui dote d’un rien d’espérance la moindre profondeur de champ.

On dirait que cet objectif ne s’engage que sur la voie la plus subjective,
qu’il privilégie le fugace, les résonances, la connivence avec les êtres et les choses,
et qu’il n’en fait qu’à sa tête en recueillant les effets et les signes d’une âme collective.

À suivre un tel parcours de mémoire, de chance, d’humanité et d’oubli,
on perçoit combien le prodige sans cesse renouvelé est d’abord le fait d’une lumière intérieure
qui place les routes, les déserts, les villes, les reflets et les gestes sous son seul éclairage.

Ce qui est à l’œuvre, par delà les épreuves, les aléas, les destinées ou les bonheurs fortuits,
c’est un art scrupuleux et facétieux qui dénoue à l’envi les fils de la beauté
comme en témoignerait un évangile tout entier voué au chant visuel du monde.

ANDRÉ VELTER

 

           


Couleurs de navigation BIO BIBLIO PARCOURS CRITIQUE ACTUALITÉ CHRONIQUES À VOIX HAUTE SOMMAIRE SOMMAIRE