Ceux de la poésie vécue

1er mars 2017

La poésie a la vie dure, même si on l’annonce régulièrement à l’article de la mort.
C’est que pour ceux qu’exaspère l’ordre meurtrier du monde, la poésie est affaire d’engagement existentiel.
Quand elle refuse d’être un ornement ou une collection d’afféteries formelles, elle garde trace des expériences vécues et des risques pris.
Elle dit le réel, mais en le révélant plus vaste, et d’une prodigieuse intensité.
Elle conjugue visible et invisible, sursauts intimes et songes partagés.
Elle s’impose comme le chant profond des vivants qui ne renoncent pas aux effractions, aux précipices, aux échauffourées, ni aux enchantements de la vraie vie.
Sans doute y a-t-il quelque insolence à l’affirmer, mais c’est ainsi : on naît poète, on ne le devient pas, ou si peu.
Une si juste injustice, généralement, se paye cher.
L’agencement social, avec ses lois, ses normes, ses convenances, ses contrôles, son incurable retard à l’allumage, sa règle du plus petit commun dénominateur, ne peut que réprimer, exclure ou, au mieux, ignorer, faire taire, mettre à l’écart.
Les princes des nuées échappent aux yeux à courte vue, pourtant ils planent, explorent des contrées innommées, fomentent de superbes orages.
Et quand ils reviennent sur terre, ils ont l’audace de se plaindre de l’ordre de la Création : Dieu ayant raté son affaire, ils se doivent d’entreprendre à sa place, voire de tout reprendre à zéro.
Aussi n’y a-t-il aucune méprise :
Ceux de la poésie vécue ne sont en aucun cas des adeptes d’on ne sait quelle tour d’ivoire.
Ils ne cessent d’affirmer qu’envers et contre tout il est possible, ici et maintenant, de tenir parole, de ne pas baisser la garde, de ne pas être indigne de ses désirs, de ses utopies, ni de ses combats.

 


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