AU CABARET DE L'ÉPHÉMÈRE

poèmes et chansons parlées


Gallimard
2005

Peut-on jouer l'espace contre le temps ? S'inventer un univers plus libre pour contrer des saisons sans cesse plus meurtrières ? C'est le pari de ce livre pareil à un voyage qui partirait partout et n'en reviendrait pas. Errance qui décalerait les méridiens, les habitudes, les pensées, les vies toujours à l'heure, qui changerait le tournis du monde en danse de derviche, avec frénésie et ferveur, vertige et jubilation, dans le sillage ou le souvenir de villes traversées, d'océans et de déserts franchis comme autant de zones d'insomnie... Au Cabaret de l'éphémère, on aime le présent, infiniment. On est dans la résonance active des quatrains d'Omar Khayyam, mais en improvisant une poésie au long cours qui met en voix ses poèmes et ses chansons parlées, une poésie qui, en toutes circonstances, ne manque pas de tenir parole.

Il n'est d'autre éternité
que cette migration perpétuelle
qui voit l'espace enfin

contrer le temps

 

 

 

 

 

 

 


Pichola Lake, Udaïpur, 1993
© Marie-José Lamothe

 

 

 

 


Z Hôtel, Puri, 2005
© D.R.


c'est sorti de partout
Décale-moi l'horaire


Darjeeling, Tea Planters Club, janvier 2005
© D.R.


TROUBADOUR AU LONG COURS

Un charme violent
a ravivé le signe
qui me guettait

dans l'espace-temps d'une source

Il n'y a pas de fief
pour qui sème la moisson
sur plus de cent berceaux
et plus de mille tombeaux

Pas de repos
pour qui donne la main
au silex rejeté
par les neiges éternelles

Pas de clémence
pour qui navigue joyeusement
auprès d'anges éméchés
dans le champ des étoiles

Car rien n'est plus sombre
que le jour immobile
rien n'est plus proche
que l'infini qui s'éloigne

Et l'insomnie devient la boussole
d'un autre monde
qui n'est nullement l'autre monde
mais l'indompté de nos désirs

C'est alors partir pour partir
à l'abordage autant qu'à l'aventure
n'importe où
droit devant

Je ne sais si c'était pour moi
ce destin de condottiere
où je me suis trouvé
sans terre ni combat


Delhi, 2005
© D.R.